mercredi 29 avril 2009

ou la mort éternelle

Normallement, les gens croient soit qu'il n'y a rien du tout après la mort, le néant, soit qu'ils accéderont à une certaine forme de paradis ou peut-être de réincarnation. Mais imaginez ceci: notre vie est tout ce que nous avons, et nous serons dans le temps contenu entre notre naissance et notre mort pour l'éternité. Considérant cela, vivriez-vous différemment aujourd'hui?
Votre vie éternelle serait-elle un paradis ou un enfer?

Théorie du Big Bang ou pourquoi il ne faut pas parler des morts au passé

Contrairement à la compréhension populaire de la théorie du Big Bang, la création de l'univers n'a pas eu lieu par la gigantesque explosion que l'on imagine. À l'origine, il n'y avait ni temps, ni espace, et tout était en même temps au même lieu. Notre univers n'existait pas. Puis, il a existé. La matière a occupé l'espace, du centre jusqu'à son extrémité, partout en même temps (et ensuite, par des principes physiques connus, la matière s'est assemblée pour former étoiles et planètes, mais c'est une autre histoire). Et puisqu'il le point A n'était maintenant plus au même endroit que le point B, cette occupation de l'espace a aussi créé le temps. Le temps qu'il faut pour se rendre d'un point à l'autre, alors que l'instant d'avant, le concept même de se déplacer d'un point à l'autre était totalement incongru!

Mais outre le déplacement, qu'est-ce que le temps? Ce n'est rien. Tout le temps existe, du début à la fin, simultanément. Le temps n'est que notre perception de ce concept. Par notre champs de vision limité, nous ne pouvons observer l'univers qui nous entoure que par une fenêtre. Cette fenêtre se déplace sur tout ce qui est déjà. C'est ce déplacement que nous interprétons comme le temps. Mais tout est là, maintenant, le passé, le présent, le futur. Il ne faut pas en déduire que notre destin est déjà dessiné, comme le prétendent certains horoscopes ou autres devins illuminés. Nous ne sommes que des particules quantiques et chaotiques dans cet univers absolu et total.

Alors tout ce qui a été est encore. Nos morts sont toujours vivants, dans leur espace-temps bien à eux. Le malheur est que notre fenêtre continue d'avancer, alors que la leur s'est arrêtée. Mais ils sont bel et bien là, dans l'univers absolu et total!

mercredi 22 avril 2009

Les renards et la loutre

Il y a longtemps que je les ai vus. Le mercure marquait -27 degrés. C'est le moment de l'année où le parc se vide de tous ses promeneurs, même les plus braves. Et c'est aussi ce moment que je préfère. Le parc nous appartient, à mes deux chiennes restantes, et à moi. Le vent qui souffle rend la respiration pénible et l'humidité de l'air givre les cils. Même le fleuve semble geindre et ses eaux libres de glaces à cause du courant se condensent en petits cristaux sur sa surface et dans les airs. Les chiennes courent dans toutes les directions, reniflent la présence de petits animaux, mais ne les voient pas eux. Ils sont sur le sentier. L'un d'entre eux m'observe. Les deux autres batifolent sur la neige derrière lui. Leurs queues grises argentées tracent des éclairs dans la lumière des lampadaires. Mes chiennes sont plus bas, près du fleuve, s'aventurant sur la courte banquise. Puis, les trois renards disparaissent en un clin d'oeil dans les buissons. Je les reverrai plusieurs soirs encore, puis, plus du tout.


La banquise a fondu. Les eaux ont monté. J'espère que la tanière des renards dans les rochers n'est pas innondée. Kayla repère quelque chose dans les crevasses. Je la laisse explorer. Ces brèves stimulations la sortent trop rarement de la mélancolie qui lui est tombée dessus, comme à moi, cette journée de novembre. Alors elle sent l'odeur d'une bête toute proche et se faufile le corps dans les interstices du rocher. Je ne la vois plus qu'à moitié quand soudain j'entends un gros plouf. La bête est dans l'eau, mais ce n'est ni un petit rat musqué, ni même un renard. C'est une loutre qui nage vers le milieu du fleuve pour fuir l'inquisition insistante de Kayla. Une loutre! Je rappelle les chiennes pour lui laisser la paix et marche vers la maison. Au coin de Notre-Dame, j'attends que deux-trois poids lourds et un autobus de ville passent avant de traverser.

J'habite Montréal, P.Q.

mercredi 15 avril 2009

Je voudrais que les chiens ne meurent pas

"Tel est ton nom mémoire à l'heure de la mort cet
oubli léger qui n'emporte que l'autre
Et nous restons encore agrandis d'une absence et
nous marchons il le faut bien"
Jacques Brault, Mémoire

Et ce vide qui nous aspire à l'intérieur à chaque nouvelle mort, au début l'époux, ensuite le chien Kiwi, et cette fois cet homme qui louait notre maison d'enfance dont il faudra maintenant se départir. Si au moins le fils pouvait s'en charger mais non il travaille dans cette autre ville où nous n'allons plus à 87 ans la route est dure. Mais cette maison c'était celle du temps où le père parlait encore italien et les terres s'étendaient de Pierre-Bernard à Des Ormaux. C'était chez nous et la petite chèvre qui suivait la petite fille partout, même dans la maison, par qui l'amour des animaux est venu. Mais Kiwi est mort à 13 ans et un autre chien est venu prendre sa place, ce chihuahua payé trop cher que l'on continue d'appeler Kiwi en pleurant. Le chihuahua s'appelera maintenant Kiwi et plus personne ne pleurera. Sauf peut-être devant cette femme inconnue qui marche dans la rue avec ses deux chiens mais qui ne voit plus que l'absence du troisième à qui l'on racontera Kiwi le second et la peur de mourir pour ne pas le laisser seul, on ne peut pas laisser ces pauvres bêtes à n'importe qui, il ne faut pas aimer les gens qui n'aiment pas les animaux, c'est bête, il ne le faut pas. À cette femme inconnue raconter ce vide trop grand qui nous aspire et le désir qui monte, le seul qui reste, celui de se jeter devant le métro. Mais elle qui répond: "Ne dites pas ça Madame, ça fait de la peine" Alors rattraper les larmes déjà à l'orée des yeux et rentrer chez soi.